08 septembre 2010

Partie 3

Nouvelle mariée en avion

Je dois avouer que j’étais un tout petit peu énervée. Quand même, ce n’est pas tous les jours qu’on se marie avec l’homme de sa vie, et le père de son premier enfant qui est déjà en route, il faut le souligner. Mais jusque-là, ce n’est pas si unique que ça. Ce qui est plus singulier, par contre, c’est que je vis avec ce même homme depuis que j’ai quinze ans et que je considère sa mère comme ma propre mère. Elle tient bien mieux le rôle que la vraie, d’ailleurs.

Les mains douces de ma belle-mère terminaient leur travail dans mes cheveux pendant que ma meilleure amie s’attardait aux derniers détails de ma robe. Cette dernière, dénichée il y a quelques jours à peine dans une petite boutique du centre-ville, n’était pas blanche et classique. Le fait que je n’avais ni père ni mère présent à mon mariage rendait la cérémonie exceptionnelle, alors ma robe l’était tout autant. Et puis de toute façon, la symbolique du blanc n’avait visiblement pas lieu d’être, vu la courbure que mon ventre commençait à prendre.

Sans bretelles, le corsage avait un style froissé très élégant et juste en dessous de la ceinture de satin noir le tissu s’élargissait jusqu’à former une traine plus ou moins longue. L’ensemble, à l’exception du ceinturon, était d’un mauve pâle tirant sur le rose. Lalya avait ajouté un petit bouquet de fleurs sur la ceinture qui s’harmonisait avec celles dans mes cheveux.

Je me regardai une dernière fois dans le miroir et mon regard tomba immédiatement sur mon ventre. Lalya avait fait un beau travail et mon ventre en voie de devenir de la taille d’une baleine n’était pas trop visible et ce, même de profil. Je souris, satisfaite, et me tournai vers les deux autres femmes présentes dans la pièce. Ma meilleure amie m’embrassa rapidement sur la joue avant de sortir rapidement et d’aller prendre son poste de témoin en compagnie de William. Lily me sourit et je me laissai bercer par son regard apaisant.

La musique qui me parvenait par la fenêtre entrouverte me fit comprendre que Lilian venait d’entrer en scène et que ça serait bientôt mon tour. Très bientôt. J’avais décidé de parcourir l’allée avec Lily, puisque James était occupé avec Lilian. Elle me tendit le bras et nous sortîmes de la chambre pour rejoindre les escaliers que je descendis avec précaution. Quand nous arrivâmes devant la porte vitrée et que j’aperçu enfin le décor, je réalisai toute l’ampleur de ce que j’allais accomplir. Me marier pour vrai… Même si je n’y avais jamais cru. Mais avec Lilian c’était différent. Une telle preuve d’amour et d’engagement ne pouvait pas être ridicule et inutile. C’était même devenu significatif pour moi.

Pendant que j’étais perdu dans mes pensées, nous avions parcouru la moitié de l’allée déjà. Je clignai des yeux et vit enfin ce qu’il y avait devant mes yeux. Quelques invités, pas trop, quand même. Tout en avant, sur l’estrade, mon regard se posa sur lui. Il était magnifique, bien sur, comme tous les mariés le jour de leur mariage. Il avait l’air heureux, aussi. Un grand sourire étirait ses lèvres et à mes yeux ce sourire le rendait le plus bel homme du monde.

Arrivées, Lily posa symbolique ma main sur celle de Lilian et se plaça à côté de James, un peu en retrait. Je pris conscience de Lalya qui retenait ses larmes à ma droite et je ne pus retenir un sourire.

Je levai la tête vers Lilian et nous échangeâmes un regard qui me transperça. J’étais si amoureuse de lui… Il me rendait heureuse et je réalisais que je ne l’avais jamais vraiment été avant de le rencontrer. Je serrai brièvement ses doigts entre les miens puis les détachai à regret lorsque la mélodie de Eternal Beauty, une magnifique pièce de piano et de violon que j’avais choisie s’estompa. Si moi j’avais été chargée de la musique d’entrée, Lilian, lui, avait choisi la chanson qui clôturerait la cérémonie. J’avais étrangement hâte d’y être… Être le centre de l’attention ça n’avait jamais été ma tasse de thé. C’était plutôt le rôle de nos meilleurs amis… L’officiant prit alors la parole et je me forçai pour y porter un minimum d’attention. Il nous invita ensuite, Lilian et moi, à expliquer ce que le mariage signifiait pour nous.

Je dois avouer que le reste de la cérémonie se passa à une vitesse folle dans ma tête. Quand Lilian prit ma main pour y passer l’anneau, lorsque je fis de même avec la sienne. Quand il se pencha vers moi pour m’embrasser sous les applaudissements des gens qui nous entouraient. Très vite, plus vite même que mon cerveau ne pouvait le concevoir, je me retrouvai dans l’avion, somnolente, à côté de Lilian.

Le vol vers l’Italie, d’où nous prendrions un bateau pour aller à Chypre, prenait près de huit heures en partant de l’Amérique. Je ne dormis que très peu, énervée et en même temps nauséeuse. J’essayais de me concentrer sur le petit écran devant moi afin de suivre le film qui y était affiché mais plus le temps passait, plus mes yeux se fermaient tous seuls. La journée avait été dure en émotions et un vol de nuit, généralement, est très calme donc propice au sommeil. Même Lilian s’est endormi il y a environ une heure. C’est juste que… C’est inconfortable, j’ai mal au cœur, j’ai chaud, j’ai froid, j’ai envie de pipi mais je ne peux pas bouger sans réveiller Lilian, j’ai mal aux jambes, la couverture me démange, j’ai faim, la dame ne veut pas me donner de l’eau même si j’utilise tous les arguments que j’ai trouvé… Arf… Vivement l’aéroport… Je m’enfonce de plus belle dans mon siège en soupirant avec hargne alors que l’agente de bord passe à nouveau devant nos bancs.

- Tout va bien, madame?

- Aussi mal que la dernière que vous me l’avez demandé! Pourquoi ne pouvez-vous pas m’amener de l’eau?

- La procédure, madame… Nous avons des heures à respecter et…

- J’n’en ai rien à faire de vos heures… Je n’arrive pas à dormir et j’ai soif!

- Je suis dés…

- Ne dites pas que vous êtes désolée!

- Eh bien…

- Vous ne pourriez pas échangé de place avec une de vos collègues qui serait plus indulgente envers une femme enceinte?

- Vous êtes enceinte?

- Euh… J’étais sure de l’avoir mentionné…

- Dans ce cas je pourrais…

- M’amener un verre d’eau?

- J’imagine que oui…

- Génial… Si j’avais connu le mot magique avant…

La très sympathique agente de bord s’éloigna et Lilian émergea de son sommeil, sans doute perturbé par ma discussion animée avec la gentille dame.

- ‘va bien? marmonna-t-il.

Qu’il est mignon! Je lui souris et il referma les yeux. Oh non non non!!! Ne te rendors pas! Je sautai sur l’occasion autant que je sautai sur mes pieds pour profiter de son réveil pour aller aux toilettes. Peut-être ai-je justement sauté un peu trop vite puisque la tête me tourne un petit peu et je dois me retenir au dossier du banc de Lilian pour ne pas m’effondrer. Il rouvre les yeux en me sentant gigoter au-dessus de lui.

- T‘vas?

Mouais… Sa syntaxe en prend un coup, quand il dort… Mais je compris tout de même son « Où vas-tu? » sous-entendu dans sa phrase monosyllabique.

- J’ai un urgent besoin d’aller dans la cabine depuis près d’une heure mais tu dormais alors… Maintenant t’es réveillé et je vais vraiment exploser si…

Il rit et se redressa pour me laisser assez de place pour passer. Aussitôt dans l’allée, je courus presque jusqu’à l’arrière d’un compartiment. Heureusement, la toilette n’était pas occupée. J’aurais bien défoncé la porte…

Une fois les problèmes de vessie et de jambes engourdies réglés, on pouvait dire que j’allais bien mieux. Je retournai donc, un peu plus sereine, vers mon siège où m’attendait…

- Oh mon Dieu! Merci madame!

Je me jetai sur l’agente de bord précédemment si sympathique et lui pris le verre d’eau qu’elle tenait dans les mains. Lilian haussa un sourcil, ignorant de toute l’heure que j’avais passée à la supplier pour ce simple verre d’eau. La dame me sourit et m’offris un DEUXIÈME verre. Non mais… Qu’est-ce qu’elle avait fait de ses heures? Elle aurait pu le dire, si c’était simplement qu’elle n’avait pas envie de me servir ce verre. J’y serais allée moi-même. Mais gentille comme je suis, je ne relevai pas le terrible affront qu’elle venait de me faire et la remerciai gentiment en reprenant ma place. Et c’est là que je remarquai que quelque chose clochait. Qu’est-ce qu’elle était en train de faire avant mon arrivée? Faisait-elle de l’œil à MON mari? Heureusement, je ne restai pas figée longtemps. Je pris le bras de Lilian et le tirai vers moi, question de marquer mon territoire plus clairement, si elle n’avait pas encore compris que c’était de sa faute à lui si j’allais devenir une baleine terrestre. Lilian tourna la tête vers moi, petit agneau innocent ignorant ce que l’autre pouffiasse était en train de faire. Il embrassa mon front et glissa ses doigts entre les miens.

Moi : 1
La « gentille » dame : 0

Elle était repartie, avec un air stupidement frustré sur le visage. Non mais elle rêvait en couleurs, elle… Mon Lilian, s’intéressé à elle… Franchement.

Lilian se mis à jouer avec son écran de sa main libre et peu à peu, mes yeux se fermèrent. Avant de sombre, je sentis une dernière fois les lèvres de Lilian se poser sur ma tempe et ses doigts serrer les miens. Ah sommeil chéri… J’étais vraiment très fatiguée!

Lorsque je rouvris les yeux, rien ne semblait avoir changé et cela me découragea. Je soupirai longuement, ce qui attira l’attention de Lilian sur moi.

- Bien dormi?
- ‘bsolument pas…

Bon d’accord, ma syntaxe n’est pas mieux. Mais ce n’est pas très grave, puisqu’il fait pareille! Il me fit un sourire désolé. Ah mais la belle affaire. Comme si c’était sa faute. Alors que j’allais lui sourire, j’eus un haut le cœur et une grimace fit dévier ce sourire en diagonale.

- Ahhhhrf… Mal au cœur…
- C’est ce que l’agente de bord m’expliquait, tout à l’heure… Tu es plus sensible aux changements de pression et c’était très probable que ça arrive. Ce n’est pas dangereux, juste désagréable pour toi et pour moi si jamais tu me dégobilles dessus. Mais puisque c’est du déjà vu, j’imagine que je survivrais…

J’écoutais ce qu’il me disait que refermant mes yeux et en reposant ma tête dans le creux de nos sièges. Il releva le bras qui nous séparait ce qui me permit de me blottir contre lui. Il demanda un verre d’eau à l’agente lorsqu’elle passa et elle s’empressa de me l’amener en voyant mon teint verdâtre.

Au bout de quelques minutes, mon malaise passa et je me redressai légèrement. Lilian me sourit et retira la main qu’il glissait dans mes cheveux depuis un moment. Je pris une grande respiration et souris en confirmant le départ de ce mal de cœur vraiment très désagréable.

J’avais finalement trouvé une position confortable lorsque le pilote annonça que nous entamions la descente. J’étais appuyée contre le hublot, mes jambes passées par-dessus les genoux de Lilian. Ses mains étaient nonchalamment posée sur celles-ci et il regardait un film alors que moi j’avais mon iPod dans les oreilles et j'écoutais avec un bien-être indicible un groupe canadien que j'appréciais beaucoup. "Even the beautiful lose control..." Moi? Perdre le contrôle? Pffft... Voyons...

C’est Lilian qui réagit le premier en tapotant doucement mes pieds. La perspective d’une nouvelle crise de nausées ne me réjouissait pas vraiment mais celle d’être enfin arrivée en Italie était beaucoup plus heureuse.

Dans l’aéroport, je sautais littéralement partout au grand désespoir de Lilian qui semblait avoir du mal à me suivre. Une fois nos valises récupérées, nous primes un autobus pour aller jusqu’au port où nous attendrait notre bateau. J’avais tellement hâte de découvrir cette mystérieuse île méditerranéenne…

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