Mon journal de grossesse
La plupart des psychologues s’entendent pour dire qu’entretenir un journal de grossesse est grandement bénéfique sur le moral des parents, particulièrement pour le premier enfant. Ils disent que cela permet de ne pas se décourager de ne pas voir le résultat physique et visible de toutes ces épreuves avant neuf longs mois. Suivant ces conseils, j’ouvris donc la première page de ce mignon petit cahier bleu et vert et pris mon crayon. J’imagine que si je résume le début de toute cette aventure ça fera la même chose que si je l’avais écrit à partir du début non? Je n’en suis qu’à trois mois et demi, après tout…
Bon! De toute façon, je le fais parce que j’ai bien envie de le faire. Pas pour ce que ces psychologues ont dit. D’une main tremblante, j’entrepris d’écrire le premier mot de ce journal.
« NOAH »
Lilian et moi en avions parlé malgré que nous en ayons encore amplement le temps et nous étions tombés d’accord sur ce prénom. Il était aussi bien pour une fille que pour un garçon, bien que j’espérais fortement qu’il serait utilisé au masculin. J’étais tout même touchée que Lilian ait eu cette idée et m’en ait parlé. Avec un sourire, je continuai d’agiter la mine de mon crayon sur le papier.
« Résumé du premier trimestre :
Pour être honnête, c’était absolument horrible. Détrompez-vous! J’ai très envie de cet enfant et si c’est ce que je dois endurer je suis prête à le vivre aussi longtemps que nécessaire. Seulement, j’étais constamment fatiguée et prête à tomber endormie peu importait l’endroit. J’avais l’impression de ne pouvoir rien faire de mon corps tellement l’épuisement me gagnait rapidement. Sans compter que je pouvais rarement me permettre de m’éloigner d’une salle de bain puisque les envies me prenaient constamment et étaient totalement hors de contrôle. Les réveils étaient durs, souvent accompagnés de nausées. Je ne sais pas quelle femme a pu dire que ce n’était pas si fréquent, parce que pour moi, c’était presque quotidien. Ce désagréable début de journée me collait à la peau à l’école, inévitablement, où je devais assurer un cours de polonais par jour en plus de suivre mes propres classes. Autant dire que ces huit heures en dehors de la maison étaient extrêmement longues… Je ne croyais pas tenir bien longtemps à ce rythme-là. Je fondais très souvent en sanglots, assaillie par un chamboulement émotif. Mes émotions étaient très sensibles et cela paraissait dans tous les aspects de ma vie. Je pleurais, je me fâchais, je criais et je piquais des crises souvent pour des broutilles. Après coup, je me sentais toujours très coupable, ce qui empirait considérablement les crises de larmes. »
« Quand je vis Lilian m’attendre dans le stationnement, j’eus une ultime bouffée de courage. J’allais y arriver… Je pourrais rejoindre mon lit saine et sauve et me blottir contre mon mari qui me ferait oublier les enfers de cette grossesse. En me voyant de loin, Lilian sortit de la voiture et vint à ma rencontre. Je me laissai tomber dans ses bras, heureuse de le retrouver, même si je l’avais vu le matin même. Il me serra dans ses bras et après un léger baiser sur le front il me guida vers la portière pour que je m’installe.
En arrivant, j’ouvris le réfrigérateur sans rien trouver d’intéressant. Il était plein pourtant… Mais rien ne me faisait envie. C’était quand même embêtant. Il m’arrivait souvent d’avoir une envie folle de manger un aliment en particulier mais il arrivait également que j’aie faim mais que rien n’aie l’air bon. Lilian se glissa derrière moi pendant que je fermais la porte et passa ses mains sur mes reins jusqu’à atteindre la légère bosse de mon ventre. Je posai ma tête sur son épaule en fermant les yeux.
- J’ai faim…
- T’as envie de quoi?
- Je sais paaaas!
Lilian rit un peu et rouvris la porte et passant son bras au-dessus de mon épaule. Il en examina à son tour le contenu d’un œil minutieux.
- Même le gâteau « fraises-chocolat » ne te tente pas?
Oh mais je ne l’avais pas vu, celui-là! La salive me monta à la bouche juste à l’entendre prononcer le mot chocolat. Je sautai littéralement dans le réfrigérateur pour m’emparer de l’assiette mais à peine assise à la table, la fatigue m’assaillie et je ne me trouvai plus la force de manger. Lilian soupira simplement et rangea le tout avant de me rejoindre dans le lit. Il était habitué, maintenant. C’était simple, quand même. J’étais toujours fatiguée!
Après la sieste, Lilian préparait toujours un petit souper que nous mangions dans le salon devant un film. Je n’en voyais jamais la fin, d’ailleurs. Je m’endormais bien évidemment toujours avant d’arriver au générique. Ce soir-là ne fit pas exception à la règle et je retrouvai avec joie ma position habituelle contre Lilian dans le canapé. Trois pipis plus tard, je tombais endormie dans ses bras et il me réveillait seulement lorsqu’il était temps de rejoindre la chambre. Un peu reposée, il disposait parfois de quelques minutes voir même quelques heures pour consommer notre mariage et après nous sombrions profondément jusqu’à être réveillés, le lendemain très tôt, par les soubresauts de mon estomac. Heureusement que le médecin dit que le tout sera terminé bientôt. Que dans quelques semaines j’entamerai le trimestre parfait et paradisiaque de la grossesse. J’avais hâte d’y être, oui! »
J’aimais à me remémorer ces instants… Surtout qu’ils étaient terminés! Après le troisième mois, les aspects désagréables de la grossesse comme la nausée et la fatigue extrême finissaient par s’estomper, comme si le corps était finalement adapté à la deuxième vie qui grandissait en lui. Mais avant d’y arriver, à ce moment parfait, il y a quand même quelques événements heureux. Ce n’est pas purgatoire, quand même. Mais le plus heureux restera sans doute la première fois où nous avons entendu son cœur battre.
« Un peu stressée, je dois l’avouer. J’étais couchée sur ce lit au dossier redressé et j’attendais que la femme revienne. J’avais du ingurgité une énorme quantité d’eau avant de venir ici sous le regard horrifié de Lilian qui pensait déjà à ma vessie qui exploserait d’ici quelques instants. Mais à date, aucun liquide n’avait brisé les rangs.
Elle avait l’air très sympathique. Je n’étais pas gênée d’être en sous-vêtements devant elle. C’était quand même un bon début si on pensait à quelle attaque à la pudeur serait l’accouchement. Il y a du progrès. Elle sembla cependant beaucoup moins gentille lorsqu’elle me badigeonna sur le ventre un gel qui aurait pu sortir d’un congélateur tellement il était froid. Je grimaçai et Lilian rit de ma réaction. Juste pour rire, je passai mes doigts sur mon ventre avec un regard complice à la dame et les collai sur la joue de Lilian.
- Ahh! Mais c’est dégueu!
- T’avais qu’à pas rire, idiot!
- Pourquoi tu l’as mis dans le visage?
Il essayait tant bien que mal de se nettoyer et lorsque ce fut partiellement fait il retrouva son calme et son visage retrouva son expression de bonheur que je lui connaissais depuis quelques semaines.
Alicia (tant qu’à toujours l’appeler « la dame », pourquoi ne pas dire son nom) alluma alors le moniteur placé face à elle et un autre plus petit s’éclaira en face de moi. J’avais le droit de voir, moi aussi, non? Elle empoigna alors son appareil magique et le posa sur mon ventre. Au début, elle ne pesait pas trop fort. Mais par la suite, je sentais ma vessie se compresser et j’entendais la toilette m’appeler, au loin. Aucun doute que j’y courrais dès qu’elle aurait terminé.
L’image, d’abord très floue, se clarifia. Malgré cela, je ne voyais absolument rien. Il n’y avait que du noir et du blanc. Mais sans savoir pourquoi, j’étais très émotive. Et encore plus quand Alicia nous pointa une petite tache en particulier en souriant. Elle traça les différentes parties visibles du corps de notre bébé avec son doigt et je pus voir que même Lilian était extrêmement ému.
Elle changea alors d’appareil mais j’avais arrêté de regarder ce qu’elle faisait, concentrée sur Lilian qui s’émerveillait devant la photo qu’elle venait de lui donner. Un petit bruit nouveau se mit alors à résonner dans le silence de la pièce. Je mis quelques secondes à réaliser que ce petit bruit sourd, rapide et très doux était le cœur de Noah qui nous chantait sa vie. Bon d’accord, les larmes sont sorties toutes seules mais faut pas en faire un plat. C’est les hormones, qui me dont pleurer en public, d’accord. Et puis, je ne dois pas être la première mère à pleurer en entendant le cœur de son enfant, qui est dans son ventre, battre et dire haut et fort qu’il est vivant et en santé.
Lilian eut beau rire de moi, mais il resta scotché lorsque sa mère pleura devant la photo qu’il lui avait tendue. J’avais alors souris en lui donnant un petit coup d’épaule et il m’avait tiré la langue. Lalya aussi fut mise au courant et pus jeter un œil à la photo qui ressemblait beaucoup à de l’art abstrait et si elle ne laissa pas de larme coulée, je vis bien que ses yeux étaient particulièrement mouillés. Et deux points pour moi! »
Mais si les jours étaient longs, les mois, eux, passèrent très vite. Vraiment très vite.
*******
« 4e mois :
Savoir enfin que ce sera un petit garçon est une grande joie. Pour tout le monde, mais particulièrement pour les acheteuses compulsives qui ont déjà acheté une tonne de petits ensembles tous mignons. Et pour moi qui désirait vraiment – mais secrètement – que ce bébé devienne le portrait craché de son père.
Enfin, les symptômes désagréables sont disparus et j’ai l’impression de vivre les meilleurs moments de ma vie. Il m’arrive même de ressentir quelques soubresauts au fond de mon estomac. C’est une sensation surprenante mais si agréable. La sensation de savoir que ce petit être est bien vivant est indescriptible. Bien sûr, mon ventre qui grossit est un autre témoin assez important de l’évolution de la grossesse mais s’il y aurait plusieurs raisons à cette prise de poids, il y en aurait beaucoup moins qui expliquerait ces mouvements à l’intérieur de moi. »
« Elle savait. Oh oui elle savait que je savais le sexe du bébé. Et elle voulait le savoir aussi. Et quand Lalya voulait savoir quelque chose, c’était déjà écrit dans le ciel qu’elle le saurait. Bon d’accord, j’abuse du savoir. Mais c’est quand même la vérité. Elle me regarde avec ce regard perçant et j’essaye tant bien que mal de ne pas la regarder dans les yeux. Elle saura, c’est évident, mais si je peux au moins le lui dire de mon propre gré sans me faire cuisiner de cette façon… Oui bon merci. J’ouvris la bouche et avant même que je puisse prononcer une syllabe elle poussa un cri strident. Je levai les yeux au ciel en riant.
- Un garçon, Lalya. Tu auras un neveu. Désolée de te décevoir…
En effet, elle désirait avoir une nièce pour pouvoir faire des parades de mode, comme elle m’avait avoué mais moi, je voulais un petit Lilian alors si j’étais heureuse, c’était pour le mieux puisque c’était MON enfant.
Elle se leva alors en me souhaitant une bonne fin d’après-midi et justifia son départ précipité par une soudaine envie d’aller magasiner des petits pyjamas. Je n’eus même pas le courage de lui demander s’ils étaient pour son enfant ou le mien… Depuis qu’elle avait appris qu’elle était elle-même enceinte d’un mois, elle ne cessait de faire mille-et-un plans concernant l’hypothétique amitié qu’auraient les deux bébés. Elle planifiait même nos journées de magasinages, en oubliant bien sûr que j’allais à l’école et que je ne comptais pas prendre mon congé de sitôt. Si tout allait comme prévu, j’arrêterais les cours au mois de Mars, avec une entente avec le doyen, lorsque je serai à 7 mois de grossesse. Et je reprendrais le cours de mes études là où je les avais laissées exactement un an après. Mais ça, c’est dans très longtemps… »
« 5e mois :
À ce qu’on m’a dit, à ce stade, le bébé peut entendre. Il a donc fallu avertir très sérieusement William pour qu’il fasse attention à ses propos. Ouais, c’est puéril, mais au moins on a un peu la paix de ses sous-entendus de célibataire non-endurci. Une chance qu’il ne lira jamais ce journal. Mais Lilian, qui lit par-dessus mon épaule, rigole bien, lui. Il est gentil, lui, de se moquer de son meilleur ami comme ça… Mais puisque le sujet de ce cahier n’est pas « Lilian et sa relation avec « William-le-gars-qui-était-si-populaire-mais-qui-est-tombé-bien-bas », je reprendrai mon sérieux et par la même occasion, le fil de mes pensées.
Je crois bien que ce qui est le plus pertinent à écrire ici, qui décrirait le mieux le cinquième mois de la grossesse, c’est que le bébé bouge énormément. Noter que nous ne l’appelons pas encore Noah… Ça attendra à la naissance, au cas où on change d’idée d’ici quatre mois. Les coups de pied, au début, c’est bien mignon. Voir Lilian s’extasier devant mon ventre lorsqu’il pose ses mains dessus aussi c’est bien mignon. Mais quand ça m’empêche de dormir la nuit, donc lui aussi par conséquent – tortionnaire que je suis – ça l’est bien moins. Pour le bébé, le jour et la nuit, c’est du pareil au même. Alors c’est avec des yeux de pandas que je me ballade à l’école et que je reviens m’écrouler dans mon lit le soir. Mais il ne faut pas sauter aux conclusions! Je préfère mille fois cette activité physique abondante plutôt que les nausées. Il ne faut pas confondre chialage et… Chialage. J’ai vraiment l’impression de faire que des mauvais commentaires dans ce cahier… Mais si je ne les dis pas de vive voix, il faut bien que je vide ces émotions quelque part! »
« Touche! Touche! Il bouge!
- Lilian… Je n’ai pas besoin de mettre ma main pour sentir…
- Ah oui c’est vrai…
Je ris et il redressa la tête pour m’embrasser. Nous étions installés dans le salon depuis quelques minutes et le bébé semblait avoir entamé un vrai marathon. Lilian s’émerveillait devant tant de vivacité et moi je commençais sérieusement à m’inquiéter pour ma nuit de sommeil. S’il n’arrêtait pas de bouger, je ne pourrais pas dormir… Je repoussai cette pensée question de profiter un peu du moment avec Lilian. Je répondis à son baiser puis laissai retomber ma tête sur le cousin du divan. »
« Oh Klaudia il bouge! Tu sens?
- Oui Lilian, je sens… T’as pas encore saisis que c’est dans mon ventre, que ça se passe?
- Ah oui c’est vrai… »
« Je me tournai dans le lit, tirant un énième grognement du tas informe que formait Lilian à côté de moi.
- Pourquoi tu ne dors pas? Il est deux heures du matin…
- Tu crois que je choisis de ne pas dormir, Lilian?
- Non, pardon…
Il se tourna sur le côté, maintenant réveillé par ma faute – ou plutôt par celle du bébé – et il glissa sa main sur mon ventre maintenant quand même rond.
- Chut… Laisse dormir maman, s’il te plait… Sinon papa il ne peut pas dormir non plus.
Il attendit quelques secondes et croyant que ces simples paroles avaient fait effet, il retira sa main.
- Il suffit de demander.
- Tu crois que c’est si facile? demandais-je en soupirant.
- Ben oui…
- Oh tu as raison! Il ne bouge plus!
Aussi bien en profiter… Je crois bien que je tombai endormie dans les trente secondes qui suivirent cet échange. »
« 6e mois :
Si le bébé peut entendre depuis un mois, maintenant il parait qu’il peut réagir à son environnement. Par exemple, être plus actif lorsqu’il y a beaucoup de bruit et être plus calme lorsque, logiquement, tout est silencieux autour de lui. C’est vraiment bénéfique pour le nombre d’heures de sommeil dont je peux bénéficier! La perspective de la naissance du bébé se fait de plus en plus concrète et il est temps de penser à préparer son arrivée. »
« Enfin! Lilian et William ont terminé la peinture de la chambre et tout sera sec dès demain! Je planifie donc d’aller acheter les meubles dans la journée, avec Lily et Lalya. Les gars ont eu droit de choisir la couleur, alors c’est à notre tour de faire la décoration! Je trépigne déjà d’impatience.
Les boites viennent d’être livrées et nous disposons de la journée pour les monter. C’est le week-end alors tout le monde peut venir. Lilian et William ne sont pas à l’école. Ils décident de commencer par le berceau car ils disent que c’est ce qui a l’air plus simple sur la boite. Pourtant, trois heures plus tard, le bébé n’a toujours pas de lit! On se moque, on se moque mais… On ne sait pas non plus comment faire!
Lorsqu’ils en viennent à bout, ils se tournent, découragés, vers les quatre autres boites qui contiennent respectivement le bureau pour les vêtements, la table à langer, le petit lit pour mettre dans notre chambre et la chaise-haute.
- Non!!! Ce morceau c’est le dessus!
- Mais non, Will! C’est la porte!
- Ah non! Le tiroir!
- Ouais, c’est ça, t’as raison! Bon aller… Klaudia a promis de la lasagne quand on aura terminé…
- Et ton père il n’est pas doué en construction?
- Non, pas du tout. Je ne veux pas de lui ici. Il met les pieds dans cette pièce et je lui mets les miens dans le derrière pour le faire sortir. Il démolirait tout…
Nous entendîmes des rires et tout redevint silencieux à l’exception des bruits d’outils. Trouvant qu’ils commençaient à s’améliorer, je dus me résigner à aller préparer la lasagne car il était maintenant clair qu’ils y parviendraient. »
« 7e mois :
Ça y est, je suis officiellement grosse. Et c’est pénible! C’est comme si je redevenais une enfant, mais avec en plus la conscience de tout ce que je suis maintenant incapable de faire. Je ne suis pas capable de mettre mes souliers et je suis TRÈS consciente que le fait de demander à Lilian de m’aider à les mettre est tout à fait humiliant. Mais ça ne lui dérange pas du tout. Il le fait même avec une délicatesse et une patience exemplaire. Il faut bien le remercier, pour toutes ses attentions. Donc si mon orgueil m’empêche de le faire de vive voix, au moins il le lira dans ces lignes. *inséré ici un petit bonhomme sourire*
Le septième mois, c’est le début du dernier trimestre. Et le dernier trimestre, c’est le début de la fin. C’est certain que l’accouchement est une étape qui semble arriver bien trop vite mais j’ai quand même hâte de le voir arriver, ce petit bébé. Et Lilian aussi, qu’il me demande d’écrire. Vous savez, au cas-où Noah lirait ce cahier un jour… Mais ce n’est pas très probable. Je ne fais que me plaindre, quand même! »
« J’étais de sortie, aujourd’hui! C’était rare, maintenant que je n’allais plus à l’école, mais Lily m’avait invitée à aller manger et faire les boutiques. Me sentant quand même en forme, j’avais acceptée et m’étais levée en même temps que Lilian pour profiter un peu de sa présence avant la fin de la soirée. Une fois sortie de la douche – oui, quand même, je l’ai prise toute seule – je m’horrifiai devant ce que je découvris. La pile de vêtements que j’avais déposée sur le comptoir avant d’entrer dans la cabine avait glissée sur le sol. La protubérance de mon ventre m’empêchait de me pencher pour les ramasser puisqu’ils étaient totalement sur le sol. Génial… Je fais comment, alors… À cas extrême, solution extrême…
- LILIAN!!!
Il était maintenant complètement immunisé contre ces cris. Au début il accourait comme si j’étais sur le point de mourir mais il s’était tanné. Il entra donc dans la pièce, tranquille, sachant d’avance que ce que j’aurais à lui demander n’était qu’un petit détail technique. En fait, je n’eus même pas à lui demander car il identifia immédiatement la problématique en me voyant fixer mes vêtements, grelottante au milieu de la pièce.
Il commença par venir vers moi et m’enrouler dans ma serviette, attention qui lui valut un petit bisou puis il remet la pile – qui n’avait plus vraiment la forme d’une pile, d’ailleurs – sur le meuble.
Mais puisque Lilian était le gars le plus parfait du monde, il ne partit pas tout de suite. Même s’il savait que ça pouvait prendre un temps fou, il m’aida à m’habiller et ne sorti de la pièce humide qu’en même temps que moi pour nous diriger vers la cuisine où nous déjeunerions. Bon… Il méritait bien un autre bisou, et nous fûmes tous deux en retard. Moi à mon rendez-vous, et lui à son cours. Mais ça serait mentir que de dire que ça n’en valait pas la peine… »
« Je riais. C’était si mignon! Ces petits soubresauts dans mon ventre ne m’énervaient pas du tout, au contraire. Mon pauvre petit bébé souffrait déjà du terrible hoquet. Bon d’accord, une chance que c’était tombé dans un moment propice parce que sinon ça pouvait être franchement énervant mais un samedi après-midi tranquille dans le salon, c’est parfait. Mes éclats de rire ont tôt fait d’alerter Lilian qui travaillait sur ses devoirs dans la pièce à côté et quand il me rejoint ses yeux sont remplis de tendresse. Je l’invite à venir toucher, ce qu’il fait avec un quasi dévotion. Il rit, lui aussi, lorsqu’il comprend que c’est un hoquet. C’est trop mignon! Autant le bébé que Lilian que j’aime tant. Il supporte tellement de choses, pour me faire plaisir et ne pas me contrarier. J’ai trouvé le seul homme parfait de la Terre, que voulez-vous, mesdames! Soyez jalouses comme vous voudrez, il est à moi et c’est bien gardé! »
« 8e mois :
Re-bonjour chère fatigue qui m’avait tant manquée… Ah les femmes et leur don de se plaindre de ce qu’elles n’ont pas. J’étais fatiguée et je dormais à toutes heures du jour et ensuite, je ne pouvais même pas dormir une petite nuit, perturbée par les mouvements du bébé. Et maintenant, c’est comme un retour au début, côté fatigue du moins. Pour le reste, rien ne semble me rattacher à ma vie d’avant. Je suis encore plus immense, je suis hyper-dépendante, je suis confinée pratiquement juste à ma maison et même le bébé semble vouloir me laisser seul pendant ces longues journées. Lilian, il n’a pas le choix et doit aller à l’école, il faut le préciser. Donc, mes journées sont interminables. J’ai hâte de redevenir normale. Car en ce moment, je suis tout sauf normale. Le simple poids de mon corps me décourage souvent de simplement me décoller du divan où je suis assise. Courage! Plus que quelques semaines! »
*******
« 9e mois : »
Je suis assise sur le divan, plus fatiguée que jamais. Un mal de tête me mitraille les neurones depuis quelques heures et j’ai beau essayé du mieux que je peux d’écrire dans le journal qui est posé sur le sommet de mon ventre je n’arrive pas à émettre une seule pensée cohérente. Je démissionnai au bout de la quatrième fois où j’échappai le cahier ou mon crayon sur le sol et décidai qu’une petite sieste s’imposait. J’entrepris donc de lever mon gros ventre pour le diriger vers notre chambre à coucher. Il est à peine dix-neuf heures mais je suis vraiment fatiguée.
En me levant, un élancement au niveau de mon estomac me fit échapper un petit glapissement sans doute dut plus à la surprise qu’à la réelle douleur. Me posant des questions mais sans être trop inquiète, je fis quelques pas hésitants dans le salon. La douleur ne revint pas donc je me dirigeai vers l’escalier.
Au bout de seulement trois marches, j’eus la sensation que quelque chose cédait en moi.
- Oh!
Avant même que mon pantalon soit complètement mouillé j’avais compris ce qui se passait.
3 Mai 2010. Mais sans doute Noah ouvrirait les yeux seulement le lendemain, laissant le temps à la pauvre maman – c’est à dire moi – faire tout le travail qui l’attendait dans les heures à venir.
Je savais que si j’allais voir Lilian maintenant il voudrait que nous partions immédiatement à l’hôpital. Pourtant, je savais que c’était inutile. Il fallait attendre. Oui bon c’est facile à dire mais… Même les médecins ne peuvent rien faire de plus qu’attendre que le temps entre les contractions diminue et que la dilatation soit suffisante. Alors attendre dans le confort de ma maison où dans une pièce morne et froide…
- Ah!!
Bon d’accord, celle-là avait fait mal. Et la prochaine, dans cinq, sept, dix minutes, serait sans doute du même genre. Je l’attendis avec appréhension. Je fis quelques pas pour faire passer l’engourdissante douleur et me décidai à aller avertir Lilian. Ça ne serait pas si long que ça, finalement. Probablement terminé avant minuit! Bon ça va, la date me plait bien. Comme si j’avais le choix, maintenant…
J’entrai dans le bureau où Lilian était penché sur la table. Il leva la tête vers moi lorsqu’il m’entendit marcher, surpris que je ne dorme pas. Si je ne savais pas trouver les mots pour lui dire ce qui se passait, ma grimace de douleur causée par la contraction s’en chargea. Digne d’un homme, il resta figé quelques secondes la bouche ouverte puis s’empressa de se lever pour se mettre à courir partout… Il paniquait plus que moi, à vrai dire.
Comme je l’avais prédit, il voulut partir immédiatement. Mais après mes arguments convaincants, il me laissa faire comme je voulais, me promettant d’obéir à mes moindres désirs. Si seulement je pouvais profiter de la situation…
Deux heures plus tard, je faisais toujours les cent pas dans le salon, devant Lilian qui était assis dans le fauteuil et qui me regardait passer. Une énième douleur travailla mon self-control et je décidai qu’il était temps de partir.
- Okay. J’en peux plus.
*******
Noah. Enfin un prénom! Lalya et Kristen ne cessent de le répéter dans mes oreilles depuis des heures. Je suis fatiguée mais puisqu’il n’est pas question que Noah quitte ma chambre et que les deux perroquets semblent décidés à rester scotchées à la boule de couvertures dans mes bras, je suis obligée d’endurer. Mais il y a une limite, et elle venait d’être franchie. Je fis signe à Lilian de venir prendre le bébé et je lui donnai ma bénédiction pour survivre à sa sœur et ma meilleure amie. Il fit une grimace mais m’embrassa tout de même, preuve qu’il n’était pas trop fâché que je l’abandonne à elles.
Il s’éloigna et je ne ressenti pas le manque auquel je m’attendais. Je savais qu’il était avec son père et c’était très bien ainsi. Si seulement je savais quel monstre je venais de créer… Je ne savais pas alors que Noah deviendrait possessif et réclamerait toujours Lilian dès qu’il le saurait dans la même pièce que lui. Je ne savais pas encore… Que ma vie deviendrait un enfer!







