"Je levai la tête vers Lilian et nous échangeâmes un regard qui me transperça. J’étais si amoureuse de lui… Il me rendait heureuse et je réalisais que je ne l’avais jamais vraiment été avant de le rencontrer. Je serrai brièvement ses doigts entre les miens puis les détachai à regret lorsque la mélodie de Eternal Beauty, une magnifique pièce de piano et de violon que j’avais choisie s’estompa. Si moi j’avais été chargée de la musique d’entrée, Lilian, lui, avait choisi la chanson qui clôturerait la cérémonie. J’avais étrangement hâte d’y être… Être le centre de l’attention ça n’avait jamais été ma tasse de thé. C’était plutôt le rôle de nos meilleurs amis..."
Le mariage arrive à grand pas et Klaudia a peu de temps pour tout organiser puisqu'elle ne veut pas que son ventre soit trop évident. Elle sera bien sûr aidée de sa meilleure amie et de sa belle mère.L'organisation de la lune de miel revient quant à elle à Lilian, qui sera -peut-être trop - influencé par William. La destination: Chypre!
"Une destination de plus en plus prisée des amoureux en voyage de noces : Chypre ! Cette petite île de la Méditerranée arbore tout autant de plages paradisiaques et panoramas sauvages que de chefs d'œuvre d'architecture. Depuis ses anciens châteaux des croisés, en passant pas ses vignes séculaires, ses anciennes cités phéniciennes et ses typiques villages de pêche, Chypre en offre pour tous les goûts. Entre farniente et découvertes, votre voyage de noces à Chypre vous laissera de délicieux souvenirs..."
D'ici une semaine, la cérémonie complète ainsi que le début du voyage de noces!
Je trépignais sur mon siège, attendant Lilian qui verrouillait la porte de l’appartement. C’était notre première sortie à bord de la nouvelle voiture et cela m’excitait toujours autant. Pourtant, j’aurais dut être plus stressée par la destination : nous avions décidé qu’il était temps d’annoncer tout cela à Élizabeth – Lily – et James, les parents de Lilian. Il faut croire que mon cerveau avait décidé de prendre une chose à la fois; d’abord le transport et ensuite les beaux-parents.
Leur réaction allait de toute façon être positive. C’est vrai, que pouvaient-ils avoir à dire? Premièrement sur notre union, qui n’allait même pas les surprendre et ensuite sur le bébé… Pouvaient-ils vraiment refuser d’accepter une telle nouvelle? Aucun doute que non.
Je souris quand Lilian s’installa à côté de moi et fit descendre la fenêtre électrique dès qu’il eut mis le contact. Je poussai ensuite d’un doigt le bouton de la radio alors que mon autre main était occupée à descendre mes lunettes de soleil sur mon nez. Lilian soupira en me voyant lever le volume mais ne fis rien, se contentant de fixer la route.
Eh bien moi, j’avais une toute autre chose à fixer. Je ne me lassais jamais de regarder le visage de Lilian quand il conduisait, ou quand il était tout simplement concentré. J’éclatai de rire lorsque je remarquai qu’il ne pouvait s’empêcher de bouger la tête au rythme de la musique. Il se tourna vers moi, surpris par mon rire. Profitant de son regard sur moi, je me dandinai autant que faire se peut dans une voiture et chantai les paroles de la chanson :
« Late night gonna hit the town
Gonna take you out
Gonna make you glow
Whoa whoa-oh
Midnight Romeo »
Cette chanson était tellement… William! Il aurait presque pu l’écrire, tellement les paroles lui ressemblaient. Ma constatation me fit taire quelques instants et je décidai de changer de chanson pour ne pas trop imaginer ces dites paroles sortant de la bouche de William, même si je les avais sans doute entendues souvent lors de partys.
Entendant les premières notes de la chanson, je vis Lilian lever les yeux au ciel mais je l’ignorai en me contentant d’apprécier MA chanson favorite. De toute façon, il savait que c’était ma préférée et qu’il ne pourrait rien y faire. J’avais souvent essayé de trouver un moyen pour qu’il apprécie plus cette chanson, en vain. Mais… l’intimité que nous permettais la voiture et l’absence d’échappatoire me donna une petite idée. Lorsque son regard se posa sur moi à la lumière rouge, je passai à l’action.
Je lui fis un sourire bien trop aguicheur pour qu’il ne comprenne pas que jouait et dis les paroles avec une voix toute aussi sexy.
« You know I know how
To make em stop and stare as I zone out
The club can't even handle me right now
Watchin you I'm watchin you we go all out. »
Je le vis faire de gros efforts pour détourner le regard et je soupirai. Non, ça n’avait pas fonctionné. Il glissa cependant sa main sur ma cuisse, laquelle n’était pas totalement couverte par la robe d’été que j’avais choisie ce matin. Je frissonnai mais, bien sûr, cela ne m’empêcha pas de continuer à chanter le reste de la chanson, mais cette fois-ci, en l’ignorant sublimement, un peu frustrée.
Ses parents n’habitaient pas trop loin et une fois rendus, ma frustration était totalement disparue. Elle avait fait place au fameux stress que j’attendais. Lilian me rejoint de l’autre côté de la voiture, plus rapide que moi puisqu’en simples pantalons. Il me prit la main et ferma la portière dans mon dos.
- Tu sais que ma mère va être hystérique? Me demanda-t-il en riant.
Je le regardai avec un air paniqué et il embrassa mon front pour me calmer.
- Viens (il m’attira vers la porte). Je te promets que ce sera terminé au dessert.
Le mot magique! Il venait de dire dessert et je crois bien que c’est seulement ça qui me fit avancer vers la porte. Il cogna deux coups et entra dans la maison qui nous avait vus passer à travers l’adolescence. Ensemble… Depuis tout ce temps. Et je n’étais même pas proche d’être tannée de lui! La force humaine et féminine, parfois…
L’odeur alléchante m’assaillit aussitôt que je mis un pied dans la demeure. Oh putain… Trop bon! Mon ventre approuva vivement cette exclamation en émettant lui aussi une plainte. Lilian rit, amusé par le bruit.
- Nous avons faim, lui dis-je en riant aussi.
Il me regarda dans les yeux avec ce regard que je ne voyais que lorsqu’il me regardait moi ou mon ventre et je fondis. Ce regard voulait dire tant de choses! Puis ses parents arrivèrent. Mon estomac se tordit, d’appréhension, cette fois, et Lilian m’attira avec lui dans le salon.
Mon fiancé allait ouvrir la bouche mais sa mère le coupa avec un puissant « OH! » aigu et surexcité. Je sursautai et levai un regard vers elle pour voir le sien fixer sur ma main. Bravo maman Eaton! Elle était la première à remarquer la bague sans que nous ayons à dire quoique ce soit.
Elle se jeta littéralement sur moi pour prendre ma main dans la sienne et Lilian dut s’éloigner de moi pour ne pas être propulsé contre le mur par sa tornade de mère. Elle dit plein de choses sans sens à une vitesse ridicule et je ne pus m’empêcher d’éclater de rire. James s’approcha aussi, après avoir saisi les simagrées de sa femme et tapa fortement le dos de Lilian en le faisant grimacer pour le féliciter.
Quand Lily se calma, Lilian marmonna quelque chose (« Mais c’est que ce n’est pas la meilleure nouvelle… ») que je pensais avoir été la seule à comprendre mais quand sa mère et son père se tournèrent vers lui je compris qu’ils avaient aussi entendus.
- C’est que euh… (L’énervement semblait avoir pris le dessus sur lui) Eh bien… Vous allez être grands-parents… finit-il hésitant.
Bien sûr il y eut une nouvelle vague de cris de la part de Lily et James s’approcha de Lilian en lui posant une question qui m’intéressa. Tout en m’efforçant de répondre aux questions de ma belle-mère, j’écoutai la conversation qui se déroulait à côté.
- Tu lui as demandé à cause du bébé? Demanda son père.
- Oui et non… répondit-il. J’imagine que j’aurais trouvé le courage de le faire quand même… Mais ça a été une motivation importante, quand même. Ça a dut être difficile pour elle de me dire qu’elle était enceinte alors j’ai cru que je lui devais bien ça. J’avais droit à ma dose de stress moi aussi.
- C’est énervant, hen? Même si on sait qu’elle va dire oui… Il y a le doute. LE doute.
- Je sais exactement de quoi tu parles, papa. J’te jure que je n’ai jamais eu aussi chaud… sauf peut-être quand tu m’obligeais à aller courir avec toi le matin.
Tous deux rirent et je me concentrai de nouveau sur la femme devant moi. Elle m’obligea à m’asseoir sur le divan et elle-même prit place à côté de moi. Elle me questionna encore sur les premières semaines de ma grossesse : les nausées, le sommeil, la nourriture… Puis elle me parla des mois à venir, du bébé lui-même. Si nous avions des prénoms, chose à laquelle nous n’avions même pas songé. Après un moment, elle m’invita à venir avec elle dans la cuisine pour y vérifier la cuisson du souper. Rougissante, je dus lui avouer un truc.
- C’est que… Je crois que si je m’approche encore plus de cette odeur je vais dévorer le frigo au complet!
Elle se leva d’un bon en s’excusant et en prenant mes mains dans les siennes.
- Oh excuses moi Klaudia! Tu as faim! Tu aurais dû me le dire. Viens! Je vais te sortir quelque chose.
Elle me tira avec elle dans la cuisine et m’y servit un verre de jus avec une assiette de fromages et de raisins. Pour moi toute seule! Je pris un premier morceau que je mâchouillai avec délectation et j’en enfournai immédiatement d’autres tant la sensation était bonne. Oh oui, j’avais vraiment faim. Lilian arriva derrière moi et glissa ses mains dans mon dos. Mais je perçu le stratagème et tentai l’éloignai de moi avant qu’il ne me vole mes fromages… Je le regardai méchamment et il rit sans toutefois s’éloigner.
- LILIAN! Cria une petite voix en entrant dans la cuisine.
Je souris en reconnaissant la chevelure brune-rousse de Kristen, la petite sœur de Lilian. Je regardai avec un sourire attendri Lilian se pencher pour la prendre dans ses bras et la regardai avec amusement chicaner son père parce qu’il ne l’avait pas avertie de l’arrivée de son frère. La fillette de six ans entreprit alors de raconter à Lilian à quel point elle avait hâte d’aller à l’école, la vraie, comme elle disait, et il dût s’asseoir sur le tabouret voisin du mien parce que sinon il n’aurait pas pu tenir Kristen plus longtemps. Elle avait beaucoup de choses à dire, cette petite.
Elle se tourna ensuite vers moi avec un grand sourire que je lui rendis. Elle me demanda si je voulais bien aller écouter son film avec elle et alors que j’allais accepter, James me coupa et dit que j’irais seulement après le souper, que pour l’instant je devais rester avec eux pour parler. J’haussai un sourcil en même temps que Lilian, tous deux ignorants du sujet de la dite discussion. Kristen bouda un peu puis finit par redescendre pour attendre que le souper soit prêt au milieu de ses jouets.
James nous fit signe d’aller nous asseoir à la table et vu le sérieux de son visage, ni Lilian ni moi n’hésitâmes. Je laissai même mon assiette de fromages derrière-moi, c’est tout dire! Quand nous fûmes assis, Lily, qui s’était éclipsée, revint dans la cuisine avec des documents.
Lilian fronça les sourcils quand il vit la page sur le dessus de la pile : une magnifique maison y était illustrée. L’air sérieux de ses parents semblait l’avoir énervé et je compris que je devais être arrivée à la même conclusion que lui. Si Lily et James déménageaient, cela affecterait sans doute Kristen qui rentrait tout juste à l’école et qui n’avait pas besoin d’un changement aussi important dans sa vie. Lilian allait ouvrir la bouche pour exprimer sa désapprobation lorsque son père lui intima le silence d’un mouvement de main.
- Est-ce que cette maison te plait, Klaudia? me demanda-t-il en se tournant vers moi.
Je baissai alors les yeux pour m’attarder sur l’allure de l’habitation en question. La façade était large et haute sans toutefois attirer l’attention par sa grosseur. Il y avait de nombreuses fenêtres entourées de blanc ainsi que des portes de garage et une porte d’entrée plus foncées. Le brun foncé de la toiture s’harmonisait bien avec le vert du vinyle qui recouvrait tout le reste. Il y avait un très grand balcon à peine haut de trois petites marches qui s’étendait sur tout le devant et une partie du côté. Sur l’image, la maison semblait respirer le bonheur. C’était exactement le genre d’endroit que je choisirais moi-même si nous devions déménager.
- Oui… elle est parfaite, répondis-je en gardant le regard fixé sur l’image.
Le visage de Lily s’illumina et James s’exclama avec une bonne humeur que je lui avais rarement vue, même s’il semblait toujours enjoué.
- Tant mieux! Les travaux sont commencés depuis quelques semaines. Une chance que vous vous mariez bientôt, sinon le cadeau aurait été mal expliqué.
Lilian resta choqué et moi, bien je crus avoir mal compris. C’était invraisemblable qu’ils nous offrent une maison comme cadeau de mariage. Même si je savais qu’ils n’avaient aucuns problèmes financiers vu la carrière glorieuse que James avait connu dans le milieu sportif, une maison, c’était vraiment beaucoup. C’est Lilian qui réagit en premier.
- Vous avez fait ça?
Il haussa les sourcils, contrairement au froncement de tout à l’heure. Il semblait totalement scotché et ahuri.
- Oui, répondit Lily, calmement mais avec une pointe de fébrilité dans la voix. Nous nous sommes dit que… vous seriez bien mieux dans une grande maison, surtout si vous vous apprêtez à accueillir le premier membre de la nouvelle génération Eaton.
- Mais papa vient de dire que les travaux sont commencés depuis longtemps!
- Eh bien nous aurions attendus…
- Pffft! se moqua James. Tu n’aurais jamais été capable de te retenir!
Lily leva les yeux au ciel avant de regarder sévèrement son mari.
- C’est…beaucoup, réussis-je à marmonner.
- Tu sais bien que ce n’est pas un problème pour nous, ma chérie, me rassura aussitôt Lily. Contentes-toi plutôt de penser aux couleurs des pièces de ta future maison!
Aussitôt qu’elle eut prononcé ces mots, mon esprit se mit à illustrer des décors plus beaux les uns que les autres, comme s’ils étaient sortis de mes fantasmes personnels. Ma maison… Avait-elle vraiment dit « MA maison »? Mes yeux se reposèrent sur l’image et je pris conscience du cadeau qu’ils venaient de nous offrir. Je m’informai alors de l’avancement de la construction. Sans surprise, c’est James qui me répondit.
- La dernière fois que je suis passé ils étaient en train de mettre le revêtement. Mais l’intérieur n’est pas terminé… Il reste quelques babioles à installer.
- Donc nous… commençai-je avant de me faire couper.
- Vous pourriez emménager d’ici un mois, peut-être deux semaines de plus. Mais vous savez, rien de presse, se hâta-t-il de préciser en voyant le regard noir de sa femme. Ce sera votre maison et vous pourrez en faire ce que vous voulez… Donc déménager quand bon vous semblera.
Il sourit et je souris également. Cette maison était magnifique. Jamais je n’aurais pu espérer en avoir une aussi parfaite. Qui correspondait si bien à mes goûts. Lily répondit à mon interrogation silencieuse en m’expliquant que depuis qu’elle me connaissait, elle avait appris à connaitre mes goûts. Je lui assurai donc qu’elle ne s’était pas trompée du tout et elle m’invita à ouvrir les autres papiers où étaient dessinés les plans de l’intérieur.
Lilian, qui s’était remis de son ahurissement se pencha sur mon épaule, commençant lui aussi à comprendre l’ampleur du cadeau qui nous était offert par ses parents. Nous passâmes un moment à regarder et à discuter à propos de la maison. J’avais récupérer mon assiette de fromages que je grignotais distraitement en en offrant un morceau à Lilian de temps à autre.
Une vingtaine de minutes plus tard, la minuterie du four nous indiqua que le repas était prêt et James déplaça les papiers pendant que j’aidais Lily à placer la table et à servir les assiettes. Lilian était allé chercher Kristen et son regard m’avait annoncé qu’il profiterait d’être seul avec elle pour lui parler du bébé qui arriverait dans sa vie bientôt. Je lui avais simplement fait un sourire encourageant puis il s’était éclipsé. Curieusement, il n’était toujours pas remonté après un long moment et les plats commençaient à refroidir. Je fus alors désignées pour aller voir si tout allait bien.
En arrivant en bas des marches, j’entendis simplement Lilian parler doucement à sa sœur en essayant de réconforter ses pleurs. Kristen semblait vraiment chagrinée…
- Je te l’ai dit… Ce bébé ne prendra pas ta place. Tu es ma sœur et ça ne changera pas, lui disait-il.
Elle leva alors les yeux et m’aperçut.
- C’est vrai? me demanda-t-elle. Vous viendrez quand même me voir?
- Mais bien sûr, lui dis-je avec un sourire rassurant.
Elle renifla et se leva pour venir serrer mes hanches entre ses bras. Je frottai délicatement ses cheveux avant de lui annoncer que le repas était prêt et que c’était en train de refroidir. Lilian se leva d’un bon et courut, littéralement, jusqu’à la cuisine pour se jeter, encore une fois littéralement, sur son assiette. Je ris en entrainant Kristen avec moi.
Après le délicieux souper que Lily avait préparé, Lilian et moi jouâmes à un jeu avec Kristen avant d’aller la border et la coucher. Il était évident que nous pouvions lui refuser cela vu la peur qu’elle avait de nous voir nous éloigner d’elle avec l’arrivée de cet enfant. Quand elle fut endormie, nous descendîmes et James nous proposa d’écouter un film d’horreur qu’il avait loué la veille et qui avait l’air pas mal du tout. Lilian allait refuser en prétextant qu’il était tard mais au fond je savais que c’était parce qu’il se souvenait que je tolérais très mal les monstres et les tueurs. Mais, enthousiaste, j’insistai pour que nous restions pour le film.
À la fin du compte, je n’avais même pas vu la moitié des images parce que j’étais toujours cacher dans l’épaule de Lilian parce que j’étais terrorisée. Les autres semblaient indifférents, pourtant. Je fus soulagée lorsque cette abomination se termina et Lilian eut toute la misère du monde à me faire sortir de la maison pour aller dans la voiture. J’avais soudainement peur de me faire attaquer… Mais il fallait également dire que j’étais à demi-somnolente, ce qui n’aidait en rien ma cohérence.
Arrivés à l’appartement, Lilian me déshabilla pour m’enfiler son t-shirt qui me servait de pyjama alors que je m’accrochais solidement à sa chemise pour qu’il ne s’éloigne pas. Il soupira en m’expliquant qu’il voulait seulement se mettre en pyjama lui aussi et quand il eut réussi, il se recoucha près de moi alors je sanglotais contre l’oreiller. Il caressa ma hanche et mon ventre avec beaucoup de patience en me répétant que ce n’était qu’un film comme il l’aurait fait avec une enfant de cinq ans. Finalement, je m’endormis à deux heures du matin lorsque Lilian s’assoupit également, totalement épuisé. Il venait quand même de déployer toute sa patience pour m’aider à dormir en m’embrassant et en me cajolant… Il fallait lui reconnaitre qu’il avait travaillé très, très, très fort.
Je me réveillai pourtant en sursaut quelques heures plus tard. Pas trop longtemps, cependant. Lilian s’était tourné sur mon en grognant son mécontentement et m’avait écrasée avec son corps. Il caressa doucement mon estomac qui commençait à rebondir un peu et à son contact, je sombrai pour de mon, cette fois-ci. Lilian était vraiment un ange. Il pourrait définitivement me protéger de tous les films d’horreur du monde!
Eh bien moi, j’avais une toute autre chose à fixer. Je ne me lassais jamais de regarder le visage de Lilian quand il conduisait, ou quand il était tout simplement concentré. J’éclatai de rire lorsque je remarquai qu’il ne pouvait s’empêcher de bouger la tête au rythme de la musique. Il se tourna vers moi, surpris par mon rire. Profitant de son regard sur moi, je me dandinai autant que faire se peut dans une voiture et chantai les paroles de la chanson :
« Late night gonna hit the town
Gonna take you out
Gonna make you glow
Whoa whoa-oh
Midnight Romeo »
Cette chanson était tellement… William! Il aurait presque pu l’écrire, tellement les paroles lui ressemblaient. Ma constatation me fit taire quelques instants et je décidai de changer de chanson pour ne pas trop imaginer ces dites paroles sortant de la bouche de William, même si je les avais sans doute entendues souvent lors de partys.
L'étage des chambres, celle en bas à droite étant utilisée comme bureau. Celle en haut étant celle de Klaudia et Lilian et celle juste à gauche (la plus haute) la future chambre de Noah. L'autre est utilisée entre temps comme chambre d'invités... Jusqu'à l'arrivée de Dylan!
Il est temps d'annoncer à Lily et James (les parents de Lilian) qu'ils assisteront bientôt à un mariage et qu'ils seront grands parents. Bien sûr ils seront très heureux de voir la famille Eaton s'agrandir et ils offriront à Klaudia et Lilian leur cadeau de mariage à l'avance: une maison.
J’étais couchée sur le lit depuis au moins deux heures, concentrée sur le programme de cours que je devais monter avant la rentrée en Septembre. La fenêtre ouverte devant moi me permettait de laisser mon visage se faire caresser par une petite brise fraîche et cela me procurait un réel bien être vu la chaleur étouffante de la pièce.
Je jetai un coup d’œil au document sur lequel je travaillais et remontai en haut de la quinzième page. C’était un privilège, pour une étudiante de premier cycle, de se voir attribuer un cours. Je compléterais donc une mineure en langues tout en assurant un cours de polonais à une classe collégiale. Le directeur s’était tourné vers moi suite à la forte demande des étudiants qui désiraient apprendre cette langue européenne. Moi-même d’origines polonaises et parlant très bien et couramment la langue, j’avais accepté.
La décision avait été prise sans tenir compte des évènements récents. Quelques semaines après la fin des classes, voir peut être un mois ou deux, je m’étais mise à ressentir quelques malaises et à voir mon métabolisme chamboulé. Heureusement, ce n’était qu’une bonne nouvelle. Il s’avérait que j’étais enceinte et cette annonce nous remplissait de bonheur, Lilian et moi.
Lilian… Il y a si longtemps qu’il prend soin de moi. Nous nous fréquentons depuis l’adolescence et depuis ce temps je suis follement amoureuse de lui sans que rien n’ait pu affecter mes sentiments. Pas même toutes les épreuves que nous avons traversées, même le décès de ma mère peu de temps après notre rencontre.
Immédiatement après l’annonce de sa paternité future, il m’avait demandé de l’épousé ce que je m’étais empressé d’accepter puisque j’étais consciente du courage que la demande lui avait exigé. Nous avions souvent parlé de mariage et je m’étais toujours montrée réticente, ramenant toujours le fait que pour mes parents, ça n’avait été qu’un échec. Mais comment dire non à un homme à genoux, les yeux remplis de larmes de bonheur? Cependant, malgré la bague et les quelques semaines passées, aucun préparatif n’avait été commencé.
Nous avions autres choses en tête. Je devais préparer ce cours tout en m’occupant de mon propre diplôme et Lilian s’apprêtait à entamer son BAC en ingénierie. Mais j’imagine que lorsque la routine serait établie, nous pourrions nous atteler à la tâche… Et l’annoncer à ses parents ainsi qu’à nos amis. Lalya me traiterait de meilleure amie indigne, lorsqu’elle apprendrait que je lui cache ces deux merveilleuses nouvelles depuis près de trois semaines…
Me rendant compte que je venais de passer au moins vingt minutes à somnoler, je relevai ma tête du clavier de mon ordinateur et enregistrai le fichier. Lilian ne tarderait pas à rentrer de sa journée « nous cherchons la voiture parfaite » avec son meilleur ami à laquelle j’avais échappé de justesse en assurant que j’avais totalement confiance en eux.
Je débranchai les écouteurs qui m’empêchaient d’entendre tous les bruits ambiants de mon portable, laissant les notes voler librement dans l’air étouffant de la chambre à coucher. La chanson qui jouait était justement un morceau que j’aimais bien donc je montai le volume en appuyant deux ou trois fois sur le bouton et reposai ma tête sur mon bras qui était allongé au-dessus de moi.
« You leave me speechless, when you talk to me
You leave me breathless, the way you look at me
You manage to disarm me, my soul is shining through
Can't help but surrender, my everything to you »
Je souris doucement en écoutant les paroles si souvent entendues et je ne rouvris les yeux que lorsque j’entendis la porte d’entrée se refermer. Je me levai donc du matelas, fermai l’écran du portable et rejoignis la pièce principal de notre appartement. Depuis près d’un an, Lilian et moi vivions dans un appartement au quatrième étage d’un immeuble. Seuls sur notre étage, nous disposions d’un grand logement lumineux et bien décoré, gracieuseté de ma meilleure amie décoratrice d’intérieur. Lalya venait d’ailleurs tout juste de d’obtenir son diplôme puisqu’elle avait dut mettre ses études en pause à l’arrivée de son fils, Hareton.
Un sourire éclaira le visage de Lilian quand j’arrivai devant lui. Il stoppa sa conversation avec William, le dit meilleur ami, et me serra tendrement contre lui. Je vis très bien qu’il se retenait de poser sa main sur mon ventre puisque nous n’en avions toujours rien dit à nos proches. Je lui souris également avant de saluer William qui me serra aussi dans ses bras.
Me rappelant alors ce à quoi ils avaient occupés leur journée, je me surpris à être toute énervée d’apprendre s’ils avaient trouvé une voiture. Lilian anticipa ma question et sorti une clé de sa poche, me faisant lâché une exclamation de joie. J’avais beau ne pas m’intéresser aux voitures en général, mais MA voiture, ça me concernait. Ni une ni deux, je les contournai pour sortir et appuyer frénétiquement sur le bouton de l’ascenseur. Enfin à l’extérieur, j’ignorai le vent frais qui fouetta mes jambes à peine cachées jusqu’aux genoux par ma petite robe d’été et couru jusqu’au stationnement.
Il va sans dire que la voiture que j’y vis me fit lâcher une nouvelle exclamation. Il s’agissait d’une toute petite voiture européenne, une Volkswagen de couleur blanche et j’en aimai immédiatement l’allure. Les garçons arrivèrent derrière moi et sourirent à mon enthousiasme.
Après une petite balade au risque de nos vies parce que je conduisais et une autre vague d’excitation incontrôlable due aux hormones, nous remontâmes à l’appartement et je m’activai à préparer le souper pour quatre personnes. En fait cinq, mais la cinquième était toujours à l’état de même pas embryon. Je souris en pensant au petit être qui allait un jour nous courir dans les jambes et me remis à la supervision de Lilian qui était une catastrophe ambulante dans une cuisine.
Quelques réprimandes et rires plus tard, nous nous retrouvâmes assis devant nos assiettes. J’avais opté pour un classique poulet à l’orange et cela paru satisfaire tout le monde, particulièrement moi et mon petit ventre. Moi et… Noah. J’aimais bien ce prénom, autant pour une fille que pour un garçon. Je souris encore une fois.
Lalya commençait à se poser des questions et à me trouver un peu étrange. Alors j’avais décidé que je lui en glisserais un mot aujourd’hui… Mais je n’avais malheureusement pas eu le temps… Damnée soit ma meilleure amie trop perspicace. Au milieu du repas, elle avait brusquement posé sa coupe de vin et avait posé ses mains sur la table avec tout autant de douceur.
- Tu es enceinte! Avait-elle crié.
J’avais d’abord levé les yeux au ciel devant sa délicatesse puis je lui avais souris, fièrement. S’en était alors suivi la plus longue soirée de ma vie. Larmes, rires, crises de cris hystériques… Bref, une soirée presque normale avec ma meilleure amie. Mais cela eut de grave répercussion sur mon humeur après son départ.
Épuisée. Voilà le seul mot auquel j’arrivais à penser à part lit et oreiller. J’allai me mettre en boule sur le canapé en fermant avec bonheur mes paupières bien trop lourdes pour ma propre santé. Lilian vint me rejoindre lorsqu’il eut fini de ranger la table et je n’eus même pas la force d’avoir des regrets de l’avoir laissé faire cette tâche seul. Il souleva doucement mes jambes avant de s’asseoir et de les reposer sur ses genoux.
Je rouvris les yeux pour voir son visage et il me sourit. Il est parfait… Et lorsque je remarquai qu’il avait fermé les grosses lumières pour ne laisser que quelques veilleuses dans l’appartement je ne pus m’empêcher de le dire à voix haute.
- Tu es adorable, lui chuchotais-je.
- Juste parce que je t’aime, répondit-il, sur le même ton, comme à chaque fois que je lui faisais un compliment de ce genre.
Il resta un moment silencieux avant de me demander comment avait été ma journée. Avec sincérité, je lui répondis qu’il m’avait manqué et que j’étais content de le retrouver, enfin seuls.
Je sentis sa main venir prendre la mienne et ses doigts retrouver la bague qu’il avait passée à mon doigt en promesse d’amour et que personne n’avait encore remarquée. Je souris en refermant les yeux et le laisser me cajoler durant de longues longues minutes, sans avoir envie qu’il ne s’arrête. Il dut se rendre compte que je dormais à moitié car il finit par se relever et me prendre dans ses bras sous mon exclamation de surprise. Il rit lorsque je m’accrochai à son cou et me déposa doucement sur notre lui.
Il resta un moment debout à côté de moi en se mordant la lèvre. Je savais qu’il débâtait intérieurement de quelque chose mais je ne savais pas de quoi. Mais il dut prendre une décision car il se pencha vers moi pour poser lentement ses lèvres sur les miennes me faisant comprendre à quel point il avait envie de moi. Je glissai mes doigts dans son cou, frôlant la peau douce de sa nuque avant de les glisser dans ses cheveux que j’aimais tant. J’aimais tout de lui. La manière qu’il avait d’agir avec moi, de me respecter, de m’aimer.
Il plongea son regard dans le mien et me parla tout doucement à l’oreille, laissant ses lèvres frôler en frôler la peau sensible.
- Tu es magnifique, me disait-il.
À ce moment-là, comme dans la chanson que j’écoutais plus tôt, je restai sans voix. Je voyais tant de tendresse dans son regard et en entendait tant dans sa voix que cela m’émeus et que je ne pus retenir une larme. Il s’empressa de poser ses lèvres sur ma joue pour faire disparaitre la goutte d’eau salée et sous son regard inquiet, je ne pus rien faire d’autre que d’attirer son visage vers le mien.
- Kocham cie, lui murmurais-je à l’oreille un peu plus tard, juste avant de sombrer dans le sommeil.
And you leave me breathless…
Quand je me réveillai le lendemain matin et que je levai la tête vers le réveil matin, je grognai en me rendant compte qu’il n’était que 6:30 et que c’était bien trop tôt pour un Dimanche matin. J’enfouis mon nez dans le cou de Lilian qui lui, le chanceux, dormait toujours du sommeil du juste.
Mais je me souvins alors de ce qui m’avait réveillée. Un drôle de bruit provenant de mon estomac accompagné d’un très désagréable mouvement… Je me débattis violemment avec les couvertures en oubliant complètement mon pauvre chéri qui dormait encore et me précipitai à la salle de bain, de justesse il faut le signifier.
Soulagée mais de mauvaise humeur, je retournai dans le lit où je trouvai Lilian tout à fait réveillé, complètement à découvert sur le matelas puisque les couvertures trainaient un peu partout sur le plancher traçant un chemin plus ou moins clair vers la cuvette. Il hausse les sourcils en voyant mon air renfrogné et ne posa pas de question, devinant qu’il s’agissait de nausées.
Il tendit un bras pour récupérer un drap et nous couvrit avec lorsque j’eus repris ma place contre lui. J’arrivai à me rendormir un peu et mon deuxième réveil fut beaucoup plus agréable, bien que je n’émergeai pas de mon propre gré.
Je sentais ses doigts glisser sur mon visage, mes épaules, mon ventre, mes cuisses et mes jambes, puis faire le chemin inverse. Je frissonnai autant à son toucher qu’à la brise qui frôla mon corps qui n’était plus recouvert des couvertures habituelles et qui n’était plus à proximité de sa bouillotte personnelle.
Encore un peu chiffonnée de ma nuit trop courte, je me retrouvai en train de déjeuner pendant que Lilian était dans la douche. Il avait laissé la porte entrebâillée ce qui me permet d’entendre très clairement son petit caprice matinal que je ne pus faire semblant de ne pas entendre.
- Tu veux bien me verser un café, Klaudia?
J’allais lui répondre avec une mauvaise humeur tout à fait hormonale qu’il était très bien capable de le faire lui-même lorsqu’il sortit de la pièce en se frottant une serviette dans les cheveux. J’haussai les sourcils en détaillant son torse et je bénis le ciel qu’il ait mit au moins des boxers. Quand il me fit son petit sourire angélique, j’eus presque le souffle coupé. Il était vraiment sexy… Et même lorsque j’étais de mauvaise humeur je ne pouvais m’empêcher de… fantasmer sur mon propre fiancé. Un peu inutile quand même, non?
Reprenant mes esprits, je grognai mon approbation en me levant de mon banc alors qu’il me remerciait et allait se chercher un chandail.
Can't help but surrender…
Je n’avais pu, encore une fois, résister à son charme naturel, comme il aime à l’appeler. Je levai les yeux au ciel en posant sa tasser sur le comptoir avant de me rasseoir devant ma très peu appétissante toast. Il m’embrassa sur le front en venant s’asseoir à côté et j’entendis alors la musique qu’il venait de mettre en marche. Je tournai la tête vers lui en sursautant et il me sourit, encore une fois, angéliquement. Je connaissais très bien cette chanson… Et lui aussi. Il savait que je ne pouvais résister à un si parfait… « I like it »!
Je ne pus retenir un énorme sourire en me laissant aller contre lui alors qu’il m’amenait dans le salon en montant le volume. Je ne pouvais rien contre lui… Il obtenait toujours tout de moi. Alors à quoi bon résister?